Relever le défi d’une agriculture et d’une pêche durables

Tout en encourageant l'exploitation de produits sains, qualitatifs et sources d’une alimentation équilibrée, nous devons accompagner nos agriculteurs et nos pêcheurs vers l’utilisation de formes nouvelles d’énergie, respectueuses de l’environnement et propres à valoriser durablement leurs vastes territoires agricoles.


Pour y parvenir, des engagements :


  • Elaboration de la nouvelle Politique agricole commune (PAC), 1er et 2ème pilier : orientations et concertations

Les compétences communes des Chambres d'agriculture et de l’Office du Développement Agricole et Rural de la Corse (ODARC) doivent s’additionner afin de gérer très vite les dossiers de la PAC, en cours de négociation, et du prochain Programme de développement rural de la Corse (PDRC) prévu pour 2022. Toutes les négociations avec l’Etat, l’Europe et les représentants de la Corse devront être entreprises toutes nos forces unies. Notre objectif principal sera d'obtenir une véritable reconnaissance de la spécificité de la Corse, île-montagne, pour soutenir le monde agricole rural.


En ce qui concerne plus précisément le 1er pilier de PAC (soutien des marchés et des revenus agricoles, dont les aides directes aux agriculteurs représentent aujourd’hui le principal instrument, afin de leur garantir un revenu minimal), nos objectifs sont les suivants :

- défendre le montant du budget acquis lors de la PAC précédente ;

- nous assurer que les aides directes seront toujours attribuées via la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) ;

- garantir que les déclarations de surfaces soient encadrées et fassent l’objet d’un contrôle efficace des services de l’Etat.


Le 2e pilier (la politique de développement rural) a pour objectif de maintenir le dynamisme socio-économique des territoires ruraux, en finançant un large panel de mesures, allant de la modernisation des exploitations à la promotion du tourisme rural, en passant par la formation des agriculteurs, les aides à l’installation ou encore l’agriculture biologique.

Nous travaillerons à ce que ces aides à l’investissement, versées par l’ODARC, fassent l’objet d’un travail en commun avec les Chambres et les différents syndicats agricoles.


L’application de la PAC, avec la suppression du critère de production et le développement d’agriculteurs à titre secondaire, aurait du être accompagnée d’un contrôle strict (avec visites sur site) de la part des services de l’Etat. Ces contrôles sont indispensables et doivent être mis en place. Ceci étant, l’immense majorité des bénéficiaires de la PAC qui respectent les règles peuvent être assurés de notre confiance. Nous ne pouvons que regretter qu’ils n’aient pas été soutenus davantage, dans des moments difficiles, lors de la précédente mandature.


  • Politique agricole

L’Etat a permis l’octroi d’un budget important en ce qui concerne les aides aux agriculteurs. En revanche, la politique menée au niveau local concernant leur encadrement n’a pas été à la hauteur des attentes, eu égard à l'absence totale d'application de la clause de contournement.

Tout comme l’Etat, les Chambres ont, par leur engagement, largement participé à des négociations financières favorables à la Corse. De même, l’action menée et les résultats obtenus en matière d’installation de jeunes agriculteurs doivent être soulignés. A l’avenir et contrairement à ce qui a été fait sur la mandature écoulée, la Collectivité de Corse (CdC) devra travailler de concert avec les élus agricoles, les Chambres consulaires et les syndicats des filières, afin de construire des projets de développement cohérents.


Grâce à une gestion responsable des aides de la PAC, de la CdC et de l'ODARC, et en partenariat avec les Chambres d’agriculture, nous construirons une politique agricole de production, basée sur :

- l’évolution des conditions climatiques ;

- la valorisation des filières d’excellence ;

- les circuits courts ;

- et le développement et la valorisation de l’agriculture biologique.


  • Consommation locale, rémunération juste des agriculteurs, sécurité alimentaire de la Corse : trouver les équilibres

Elus, nous lancerons un audit avec l’ODARC afin d'obtenir une analyse précise de la situation de chaque filière en Corse. Dès lors, des mesures concernant notamment l'approvisionnement du marché local, les exportations possibles, la saisonnalité de la production et de la consommation, la qualité de la production, devront être proposées.

Il sera également nécessaire de travailler sur les leviers à actionner en faveur de chaque filière, en fonction de leurs attentes et contraintes.

Deux exemples :

- le financement spécifique de l’investissement, en augmentant les taux de subvention alloués par CdC ;

- solliciter l'Etat dans le cadre d'un abaissement du niveau de charges salariales pour les filières nécessitant beaucoup de main d’œuvre.

Plus généralement, la recherche d’une production qualitative, permettant aux agriculteurs corses de vivre de leur travail doit devenir notre objectif principal, tout comme l'accès aux produits locaux pour tous les Corses, quel que soit leur niveau de vie.

  • Développement rural

Dès notre arrivée aux responsabilités, nous lancerons une mission de valorisation agricole.

Geler plus de 100 000 hectares dans le cadre de la cartographie des Espaces Stratégiques Agricoles (ESA) du Plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) n’a de sens que si nous accompagnons la mise en exploitation de ces espaces, en procédant, au préalable, à des régularisations foncières, sous l’égide de l’ODARC. Celles-ci concerneront des terres cultivées ou en friche, des remembrements, des extensions du réseau d’eau brute agricole pour l’irrigation...

Soutenir l’activité agricole dans le rural, c'est sauvegarder un maillon essentiel dans la gestion de nos territoires et participer à l’aménagement d'espaces dépeuplés, en maintenant de la vie et des activités dans nos villages.

D’un point de vue plus global, il nous faudra renforcer le rôle de l’ODARC. En matière de développement économique, la politique de la CdC trouve une traduction règlementaire dans le "Schéma Régional de Développement Economique, d’Innovation et d’Internationalisation", dont la procédure est fixée par le code général des collectivités territoriales. Au cours de notre première année de mandat, notre objectif premier sera de rompre avec le schéma actuel, dont les priorités sont peu lisibles. En effet, le constat traduit une transversalité quasi-inexistante en matière d’économie touristique et d’économie rurale et agricole, qui s’explique notamment par le découpage des compétences des agences et offices. Pourtant, ces axes sont des opportunités majeures de développement économique. Aujourd’hui, aucune structure administrative de la CdC n’assure les missions de centralisation, de définition des stratégies et de déclinaisons des politiques publiques, ni du contrôle de gestion : il nous faudra remédier d'urgence à cette situation.


En ce qui concerne le tourisme et ses passerelles avec l'agriculture, il nous faut revenir au sens premier de l’économie du tourisme, celui d’un outil de production créateur de richesses, le premier en Corse. Notre modèle est aux antipodes de ce que l’on qualifie de “tourisme de masse”. Il est familial, identitaire et doit être accompagné pour irriguer toute notre économie productive. La principale lacune du tourisme corse est son faible effet de levier sur les autres secteurs. C’est pourquoi, il nous faut mettre l’accent, d’une part, sur l’agritourisme et d’autre part sur l’artisanat et les métiers d’art.

L’offre touristique en milieu rural a du sens car elle répond à une stratégie globale de promotion de la destination.

Nous développerons l’image de la Corse sur internet en ce sens, afin d’attirer une clientèle de niches, grâce à une stratégie de promotion pérenne, qui mise sur nos filières d’excellence, notre culture, notre patrimoine, notre gastronomie, les activités de pleine nature, l’accueil de séminaires et d’événements, l’oenotourisme... Ce modèle d'économie circulaire offre la possibilité aux acteurs locaux d’écouler leur production grâce à l'arrivée de nouvelles clientèles à la recherche d'authenticité.

Enfin, il nous faudra poursuivre la structuration de nos chemins de randonnée et miser sur l'implantation de stations de trail, afin de générer et de commercialiser des séjours touristiques thématiques aux des retombées économiques importantes.


  • Plans de développement

Pour l’élevage et la filière viande :

- Structurer la filière bovine, grâce à des solutions d’écoulement par le biais notamment des cantines et des collectivités ;

- Mettre en place un signe de qualité, en distinguant veau de plaine et de montagne ;

- Engager des moyens supplémentaires sur la filière caprine, en grande difficulté ;

- Permettre, par un suivi technique, l'augmentation de la production de lait de brebis ;

- Travailler sur la filière porcine et soutenir davantage la filière qualité ;

- Remédier à l’insuffisance du nombre d’abattoirs pour les porcins et les petits ruminants et à leur manque de structuration (solliciter le Plan de transformation et d'investissement pour la Corse (PTIC) pour leur financement) ;

- Viser l’autonomie fourragère de la Corse.


Dans les domaines de l’arboriculture, du maraîchage, des productions fourragères et céréalières, et dans le cadre de l’étude évoquée précédemment, il nous faudra travailler ardemment sur nos marges de progression. Pour ces filières végétales, notre objectif sera de favoriser les productions à destination du marché local (maraîchage, fruit d’été, huile d’olive..) et d'offrir une aide aux producteurs qui s’exportent (agrumes, vins..), afin de conquérir de nouveaux marchés.


C'est également dans ce cadre que nous souhaitons soutenir les producteurs de matières premières, et permettre, à chaque filière :

- de bénéficier de la présence de techniciens sur leurs exploitations, en donnant les moyens aux Chambres de déployer des techniciens sur le terrain (conseils et suivi) ;

- de trouver des solutions afin d'écouler leurs produits ;

- de développer la commercialisation de leurs produits, en remédiant à la compétitivité des tarifs et à l’impossibilité actuelle de produire toute l’année.


  • Encourager les exploitations existantes et favoriser l'installation de jeunes agriculteurs

En premier lieu, notre objectif sera de consolider et de maintenir les rôles dévolus aux Chambres consulaires et ceux de l'ODARC. Cette complémentarité entre les Chambres (qui exercent un rôle de conseil technique, économique et d’accompagnement) et l’ODARC (qui l’organisme payeur DJA et de contrôle), est fondamentale. En effet, leurs missions ne se chevauchent pas et l’étanchéité exigée par les textes entre les deux entités bien distinctes a toujours été respectée. C’est au sein des Chambres d’agriculture que s’opèrent les différentes étapes obligées du parcours d’installation, comme le centre de formalité des entreprises, le conseil juridique, les plans de professionnalisation personnalisés, l’évaluation des besoins de formation… Depuis près de 20 ans, elles assument ces compétences et accompagnent avec succès les jeunes agriculteurs dans leurs projets d’installation.

La Corse est d’ailleurs l’une des régions où les créations d’exploitations sont les plus dynamiques et durables.

Au-delà de cet aspect institutionnel, les difficultés que rencontrent nos jeunes agriculteurs sont l’accès aux terrains et au financement. Sur le premier point, il faut prendre en considération le problème majeur que constitue l’indivision pour l’installation des jeunes agriculteurs. Afin d'encourager les propriétaires à donner leurs terres en fermage ou des possédants non titrés de créer leurs titres, mais surtout pour faire progresser la proportion de terres cultivées sur le sol insulaire, nous proposerons d’engager une large concertation avec les Chambres et les différents syndicats agricoles sur l’intérêt de soumettre, dans le cadre des négociations à venir (PAC), l’idée d’un conditionnement des déclarations de surface.

Sur l’aspect financier, nous devrons travailler avec le système bancaire, afin que les garanties apportées par l’ODARC et par les Chambres sur un dossier d’installation d’un jeune agriculteur ouvrent des capacités d’emprunts. Une réflexion sur la formalisation de cette garantie par l’ODARC ou la CdC devra être étudiée rapidement.


  • Relations institutionnelles

Dès le début de la mandature, nous créerons une mission entre l’Etat, la CDC et les Chambres consulaires pour redéfinir clairement les missions de chacun, trop floues aujourd’hui. Cela produit les tensions que nous connaissons entre les deux organismes.

L’ODARC devra, avec les Chambres, définir un projet de développement adapté au bilan actuel de toutes les filières concertées. Le regroupement des trois Chambres d’agriculture en une seule, que tout le monde appelle de ses vœux, pourra alors s'envisager.


  • Foncier

L'une des difficultés majeures dans ce domaine réside dans le fait que les propriétaires terriens sont rarement des exploitants et qu’ils ne trouvent que peu d'intérêt à vendre ou à louer leurs terrains (prix de vente très faible associé à l'espoir de retrouver un jour une autorisation de construire). C’est une croyance à laquelle il faut mettre fin. Nous travaillerons sur des pistes fiscales ou réglementaires afin de faire évoluer cette situation.

Nous devrons donner les moyens appropriés à la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (SAFER) afin qu’elle prenne un rôle prépondérant, avec un objectif « zéro friche ».


  • Coût d’importation des intrants alimentaires du bétail

Nous proposerons d’étendre le tarif « matières premières » de la Délégation de Service Public (DSP) maritime à l’import de fourrage et d’aliment pour bétail.



La pêche : un artisanat précieux


En Corse, les pêcheurs ont toujours œuvré dans une volonté de préservation des ressources. Nous souhaitons travailler avec les représentants de la profession sur les problématiques suivantes :

- Le renouvellement de la flotte, avec une réflexion particulière sur les aides à apporter ;

- Le développement de la filière (développer une pêche plus durable et responsable et favoriser la commercialisation des produits) ;

- La reconnaissance de la pêche artisanale et de ses spécificités ;

- L’adaptation des quotas ;

- La promotion des professions du secteur via la formation du lycée maritime et aquacole de Bastia ;

- La régionalisation du fonds des licences de pêche pour que la flotte corse maintienne sa puissance et son volume de licences.


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